La construction des premières syllabes est une étape importante pour progresser dans l’apprentissage de la lecture. Avec un nombre de syllabes suffisant, il devient possible de pousser le « jeu de construction » de la lecture un peu plus loin en allant vers la création de mots présentés aux élèves comme des assemblages de syllabes.

Les supports adaptés proposés dans cet article sont donc pensés pour guider les élèves à construire de façon explicite (entrée visuelle et manipulation) leurs premiers mots à l’aide des syllabes qu’ils connaissent.

Pour les élèves qui n’arrivent pas à entrer dans la construction phonologiques des syllabes pas de panique, le dernier paragraphe de cet article est pensé pour eux et je l’espère apportera des pistes de progression.

Rendre explicite l’association de plusieurs syllabes

L’objectif premier de cette étape du processus d’apprentissage de la lecture consiste à guider l’élève vers le mot comme une entité de la lecture. Pour rendre cet apprentissage ludique tout exploitant la manipulation et la sphère visuelle, j’utilise trois types d’étiquettes à scratcher : une représentation illustrée des mots, les syllabes composant les mots et les mots en entier mis en forme.

Manipuler pour construire les mots

Comme vous l’aurez probablement deviné, le but de l’activité consistera à proposer une image à l’élève (en lui mentionnant le mot associé) pour lui demander de reconstituer ce qui est illustré à l’aide des syllabes. Cette association se fait sur un support à scratcher explicite.

Visualiser et manipuler le mot comme une entité

Immédiatement après que l’élève ait reconstitué le mot demandé à l’aide des syllabes, l’enseignant prend l’étiquette du mot et la place en fin de ligne en relisant le mot avec suivi du doigt (syllabe par syllabe) tout en faisant le parallèle avec les étiquettes syllabes placées par l’élève.

Cette troisième étape vise à bien mettre en évidence auprès de l’élève que le mot est aussi une entité et que l'on n'est pas obligé de passer par les étiquettes syllabes pour le déchiffrer. Le plus rapidement possible, la mise en place de cette troisième série d’étiquette sera effectuée par l’élève directement.

Le support à scratcher est au format A3 et comporte trois lignes de travail. Il peut être utilisé sur une table individuelle sans gêne pour l’élève.

Une utilisation du support évolutive en fonction des besoins de l’élève

Suite à cette explication de l’utilisation de la fiche A3 de création des premiers mots, il est important de cadrer la découverte de ce support de travail ainsi que le choix du contenu proposé.

Il est nécessaire d’introduire les étiquettes de la fiche A3 de façon guidée et progressive. Dans un premier temps, je propose à mes élèves de ne recomposer qu’un seul mot à la fois (ils n’ont à leur disposition que les étiquettes syllabes nécessaire à la construction du mot demandé). Cela permet de mettre l’élève face à moins de choix et de ne plus avoir de pièce quand le mot est fini ce qui est rassurant et facilite la mise en réussite. Une fois la logique du support acquise, je leur demande de recomposer plusieurs mots en mélangeant les syllabes (2 mots puis 3).

Comme pour la découverte progressive des phonèmes et des syllabes, il est indispensable d’organiser la construction des mots selon une progression logique. Pour que l’élève fixe son attention et travaille la compétence de construction des mots, il doit connaître les phonèmes présents dans le mot avant de passer à sa construction.

Personnellement, je suis la progression de la méthode de lecture Taoki utilisée dans mon école pour être le plus possible en accord avec mes collègues. Dans le tableau ci-dessous, je vous détaille la première partie de cette progression que j’utilise avec le support A3 de création des mots :

Les étiquettes associées à la construction de mots suivant la progression Taoki sont disponibles au téléchargement ci-après. Elles sont disponibles en majuscule et en script minuscule pour les premières construction de mots. Si vous utilisez une autres méthode de lecture, je mets à votre disposition un fichier modifiable (libre office) que vous pourrez personnaliser à souhait. Attention la mise en forme manuelle des étiquettes mot est assez fastidieuse mais permet de ne pas être dépendant d’un programme de mise en forme automatique pas toujours en accord avec les caractéristiques que l’ont souhaite obtenir. Le fichier modifiable est à ouvrir avec la suite bureautique gratuite "Libre Office" et vous demandera d'avoir la police d'écriture "Script-Ecole" installée pour éviter toute variation dans le document.

Pour télécharger les adaptations décrites dans cet article il vous suffit de cliquer sur les illustrations ci-dessous :

Fiche construction mots A3

Etiquettes modifiables

Etiquettes R à U (Taoki)

Etiquettes F à è

Etiquettes V à B

Etiquettes J à H

Utiliser ces supports pour construire une approche globale de la syllabe

De façon très pragmatique, il paraît évident qu’une bonne maîtrise des syllabes est un prérequis nécessaire pour entrer dans la construction des mots. Dans le cadre de l’autisme, il convient cependant de nuancer ces propos.

En effet, il est très difficile pour certains élèves avec autisme de mettre du sens sur la construction de syllabes en raison de la nature abstraite (pas d’utilité immédiate) et sonore (des difficultés sur les consciences phonémiques et phonologiques sont régulièrement présentes) de l’activité. Dans le cas de ces élèves, il y a de grandes chances que les activités de construction de syllabes ne fassent pas sens, ne les passionnent pas et mènent vers de trop nombreuses répétions avec une forte guidance dont l’issue sera la lassitude ou le refus. Si un élève est dans cette situation, il peut s’avérer stratégique d’exploiter le sens concret des mots associé à une approche globale un peu particulière.

L’idée n’est pas de photographier le mot dans sa globalité (ce qui a de nombreuses limites) mais d’attirer l’attention de l’élève sur « l’entité syllabe » de manière à ce qu’il la photographie et l’associe à un son. C’est en quelque sorte une approche globale de la syllabe en laissant de côté sa construction phonologique. Avec cette approche différente, il est donc possible d’utiliser les syllabes « photographiées » pour construire des mots ou à l’inverse d’exploiter les mots pour mettre en avant une syllabe qui pourra être « photographiée ». Mémoriser les sons des syllabes et non des mots présente l’énorme avantage de réduire la quantité d’information à retenir tout en ouvrant la porte du décodage de mots inédits.

Bien que les supports proposés dans cet article aient été initialement pensés pour être idéalement exploités une fois la construction de syllabes acquise par l’élève, il est donc possible de les utiliser pour entrer dans la construction des mots avec des élèves n’ayant pas acquis cette compétence.