Pour les personnes porteuses d’autisme le changement est souvent source d’anxiété. Un simple changement dans l’environnement peut par exemple mener à l’incapacité de réinvestir des compétences pourtant maîtrisées dans d’autres contextes. Il est donc indispensable pour les accompagnants de proposer des solutions individualisées pour guider au mieux les élèves dans la généralisation progressive de leurs acquis. Cependant, la vie quotidienne dans une classe ordinaire est faite de divers impondérables que l’enseignant ne peut ni maîtriser ni anticiper. Il s’agit donc de structurer un environnement suffisamment rassurant et compréhensible pour chacun afin de limiter l’anxiété ou l’excitation éventuelle des élèves. Ainsi ils pourront plus aisément s’engager dans les tâches proposées dans les différents contextes, des tâches nécessitant alors de bonnes capacités de généralisation des acquisitions.

La généralisation est l’un des objectifs centraux de tous nos apprentissages. Elle permet de créer du lien entre ceux-ci. Elle permet également de transférer les procédures apprises dans des contextes précis et de faire des liens sémantiques entre les différents concepts et notions que l’élève s’est approprié. La généralisation des apprentissages est à penser en amont. Elle s’insère directement dans la progression des séances d’apprentissages.

Plusieurs modes opératoires sont possibles. Elle peut intervenir une fois que les compétences sont maîtrisées et solides, ou bien au milieu d’une séquence avant l’acquisition complète. Enfin elle peut être directement travaillée au moment du nouvel apprentissage. Il s’agit toujours d’évaluer la stratégie la mieux adaptée à chaque élève, selon les apprentissages et dans un contexte particulier. La généralisation est considérée comme acquise quand la compétence est validée dans différents contextes, avec différents matériels et avec différentes personnes.

Ancrer avant de généraliser

La première des stratégies possibles est de proposer à l’élève de s’approprier une compétence dans un environnement familier et rassurant avant de passer à son application en changeant de contexte.

Se reposer sur des acquis solides

Pour de nombreux élèves porteurs d’autisme il est nécessaire d’ancrer les compétences avant de passer à la généralisation de celles-ci.

L’objectif est que l’élève entre dans la découverte puis petit à petit dans la maîtrise d’une nouvelle compétence en s’appuyant sur les repères rassurants d’un environnement maîtrisé. Une fois la compétence acquis, elle deviendra elle-même un point de repère stable auquel la personne autiste pourra se raccrocher lors de son utilisation dans d’autres contextes.

Les modalités d’une généralisation à posteriori

Les modalités de généralisation varieront d’un élève à l’autre mais dans tous les cas il sera intéressant de ne pas soumettre l’élève à trop de changements simultanés. En effet, les caractéristiques modifiables de l’environnement pourront impacter différemment chaque élèves avec autisme. C’est pourquoi il sera souvent adapté de ne faire évoluer qu’une modalité à la fois : personnes, lieu, matériel, approche collective, ...

Les limites de ce mode d’action peuvent être diverses : temps important pour la généralisation de chaque compétence, une sur-généralisation des compétences (ne s’accrocher qu’à un indice de l’environnement pour utiliser cette compétence ; par exemple, croiser des gens dans la rue et dire bonjour à tout le monde ou compter les outils de manipulation dans toutes les situations, même quand il s’agit d’une activité de catégorisation).

Travailler l’acquisition d’une nouvelle compétence conjointement à sa généralisation

La généralisation peut être travaillée dès le début de l’apprentissage d’une nouvelle compétence. L’apprentissage de cette compétence pourra alors se faire directement dans le milieu naturel d’utilisation. Par exemple l’apprentissage du laçage pourra se faire directement au moment de l’habillage avant d’aller en récréation plutôt que sur un cadre à lacer assis à sa table de travail. Nous gagnerons alors du temps dans la généralisation de cette compétence très concrète, mais complexe. De plus, si la récréation est une activité motivante pour l’élève, la réalisation de cette action pourra être motivante.

De la même manière, une nouvelle compétence peut être travaillée directement dans le groupe classe. Il faudra veiller à ce que l’élève ait de bonnes capacités d’imitation (imitation du comportement de ses camarades en action) et qu’il ne soit pas trop perturbé par le collectif. L’étayage de l’adulte et l’explicitation des attentes sera alors une étape importance à bien anticiper pour l’efficacité de ce temps d’apprentissage.

Là encore les limites de ce mode de généralisation sont diverses : le contexte collectif pour être trop déstructurant pour l’élève (importance des distracteurs et des interactions avec ses pairs, imitation des comportements défis de ses camarades plutôt que des comportements adaptés…). Cette situation peut également générer de l’anxiété chez certains élèves.

Il s’agit donc toujours d’essayer de proposer le mode d’action le plus adapté aux besoins et aux possibilités de chacun.